Week-end d’intégration, ou comment se désintégrer en 48h…

Quiconque a fait ses études en école de commerce a sûrement participé à un Week-End d’Intégration (week-end d’Inté, ou WEI, pour les initiés). Mais ceux qui comme moi ont fait leurs études à la fac n’ont pas idée de la réalité de ces séjours d’initiation… A la fin de mes études de Droit (oui, m’sieurs dames, votre fidèle serviteuse a usé ses fonds de culotte sur les bancs d’une université vieillissante prestigieuse qui lui a enseigné l’art de la rhétorique et le sens de la Justice. Oui, je parle d’elle -de moi, donc- à la troisième personne. So what ?), j’ai intégré une grande école. Soyons honnête, c’était plus un hasard qu’une véritable envie de devenir un grand manager : il fallait bien trouver quoi faire après le Droit et comme je n’avais pas vraiment envie d’être avocate (quoi que je suis certaine que j’aurais porté la robe avec beaucoup de classe : le noir, c’est MA couleur), j’ai opté pour la solution d’une ESC. Classique. Me voici donc, un matin, bien avant l’arrivée des premiers rayons du soleil de septembre, à attendre le départ pour le WEI…

 

images-copie-59.jpgJe ne vais pas mentir : j’ai beaucoup hésité avant de me décider à y aller. Mais à la perspective de rater mon intégration (oui, il est difficile d’arriver dans une ville où l’on ne connait personne !) et de redevenir une « nobod’  » (les années collège ne sont pas si loin dans ma mémoire…), j’ai pris mon courage à deux mains et ma place pour le WEI. Je ne faisais pas la maline en attendant le car à 5h du matin. Ah oui, parce que le voyage jusqu’au lieu des réjouissances se fait en autocar (budget étudiant oblige). Et quand on sait que la pauvre petite chochotte que je suis est malade dans les transports, autant dire que la perspective de rouler 550 bornes n’était pas pour me réjouir… No problemo, je m’installe derrière le chauffeur, tout devant, et me prépare à terminer ma nuit tranquillement. Quelle naïve je faisais alors…

 

images-copie-60.jpgA ceux qui pensent qu’en week-end d’inté, on dort, je me vois obligée de leur révéler la vérité : le sommeil, ça sera pour lundi matin, quand vous retournerez en cours. En attendant, pas question de perdre la moindre seconde de fiesta. Les petits malins sortent leurs bouteilles de jus d’orange et se la partagent allègrement. « T’en veux Mado ? ». Dis donc, ils sont drôlement sympa ! Ah….. Oui, bah en fait non… C’est à dire que la vodka-orange avant le petit-déjeuner, ça va pas être possible. Je commence à me dire que je suis un peu dans la merde (mais je m’y suis mise toute seule) et que le week-end va finalement être très long… Allez, on attaque les jeux dans le bus. Hum… Le premier ? Chacune des rangées prend un Carambar et on se le passe avec la bouche. Houla, je prie très fort pour que personne n’ait un herpès, sinon un quart du car va se retrouver infecté (d’un autre côté, je m’en fous un peu : dans la mesure où je suis à l’avant du véhicule, je suis la première à passer le bâton de caramel, et n’ai donc pas le bonheur d’avoir à récupérer les miasmes des autres en touchant le Carambar plein de salives).

 

index-copie-13.jpgLes jeux s’enchaînent, on élit Mister et Miss Bus, on pose des questions très gênantes aux uns et aux autres, on attribue des gages un peu trash… Du bizutage basic. Je passe entre les mailles du filet, pour l’instant. Puis vient mon tour : allongée, je dois traverser le bus d’un bout à l’autre en me déplaçant par dessus les têtes des autres voyageurs. J’ai horreur que des inconnus me touchent, mais je préfère ça à me retrouver à enlever mon soutien-gorge ou à reproduire la mythique scène de l’orgasme de « Quand Harry rencontre Sally ». Mais heureusement, le voyage se termine. Les bus crachent des fêtards très éméchés, on répartit les bungalows, et direction la plage pour des jeux d’alcool. Pas de bol, je déteste le Pastis… Je m’éclipse et vais voir un peu ce qui se passe du côté des attractions. Piscine, autos-tamponneuses, sumos gonflables : on se croirait à la fête foraine. Le BDE a mis le paquet. Le must ? Une arène, dans laquelle des taurillons énervés essayent de lutter contre des étudiants bourrés dont le seul but est de réussir à accrocher des anneaux de plastique atour des cornes des jeunes bovins. Je ne suis définitivement pas dans le trip.

 

Mais le temps passe et, après l’apéro, vient l’heure du dîner…

 

images-copie-61.jpgImaginez des grandes tables, du vin et des dizaines d’étudiants déjà bien attaqués qui se lancent des défis : boire le contenu d’un pichet sans s’arrêter, pendant qu’un ami compatissant vous tient une serviette sous la bouche et que toute la salle vous encourage « le pichet ! le pichet ! le pichet ! ». Jamais je n’ai prié autant pour me faire oublier : si on me demande de faire le pichet, autant m’emmener directement aux urgences. Thank God, je suis épargnée…

 

index-copie-14.jpgEt le dîner avance, ponctué de « le pichet ! le pichet » et de « allez paye ta chatte allez allez ». Comment ça ? Vous ne connaissez pas le « Paye Ta Chatte » ? Ce cri de ralliement de la plus grande classe que chantent les élèves d’écoles de commerce à tout bout de champ ??????? Alors je vous explique le concept : vous joignez vos index et vos pouces ensemble, en écartant bien vos doigts, de manière à reproduire symboliquement un vagin, vous levez bien les bras au-dessus de votre tête, et vous hurler la chanson suivante « allez paye ta chatte allez allez / allez paye ta chatte allez allez / allez paye ta chatte / allez paye ta chatte / allez paye ta chatte allez allez » (il vous suffit de cliquer sur la vidéo en bas de page pour avoir l’air). On peut dire ce qu’on veut, mais quiconque entend cet air plus de 50 fois par jour finira bien par l’avoir en tête jusqu’à la fin de ses études. Et bien sûr, quand quelqu’un finissait son pichet, on lui chantait le « paye ta chatte » en remplaçant le « allez » par son prénom. Oui, les écoles de commerce ont des traditions très conviviales.

 

images-copie-62.jpgEt après le dîner, la soirée. On passe du vin aux alcools plus fort. Rapidement, le sol se recouvre d’un mélange boueux de sable, de vodka et de vomi. La nuit est bien avancée, je sens que je vais retourner à mon bungalow pour me coucher, je suis fatiguée. « Attends, Mado, on te raccompagne » : ils sont vraiment gentils mes compagnons de soirée, de vrais gentlemen, qui ne veulent pas qu’il m’arrive quoi que ce soit pendant le long trajet qu’il me reste à parcourir pour arriver au lotissement. « Oui, c’est gentil ». Et nous voilà partis, tranquillement, au milieu des dunes désertes, en plein coeur de la nuit noire…

 

« Dis donc, Mado, un plan à trois dans les dunes, ça te tente ? »

 

La suite vendredi…

 

 


9 pensées sur “Week-end d’intégration, ou comment se désintégrer en 48h…”

  1. J’avoue que mon inconscient avait complètement enfoui la jolie rengaine du « paye ta chatte »…OMG, que de souvenirs cauchemardesques de ce week-end…
    « Aller BOIS, BOIS, BOIS ! »

    1. Hi hi hi, je vois que je ne suis pas la seule à avoir passé un week-end dans la 4eme dimension…

      Et tu as raison, j’ai oublié le « bois bois bois !!!!! » (merci de me l’avoir rappelé !)

  2. Bonjour,

    Je suis tombé par hasard sur cet article de blog, que je n’ai pas pris le temps de lire, seule l’introduction m’a déçu, en particulier la présence du logo du WEI de mon école, dont j’ai
    grandement participé.

    La présence du logo de ce WEI de l’EFREI (école d’ingénieur et non pas de commerce) est inapropriée sur ce blog. En effet, le Week-End d’Intégration de mon école bannit toute pratique de
    bizutage, et le WEI EFREI est au contraire totalement une partie de plaisir, sans aucun débordement. L’équipe qui l’organise et dont je fais partie fait tout pour préserver la présence du WEI à
    l’école qui permet de faire la publicité de notre vie associative très importante, et permet de mieux connaître certains membres de l’administration de l’école.

    Il serait donc judicieux de modifier cet article dans un but de neutralité, et de bonne information (on ne parlera pas de copyright ici, ce n’est pas mon genre d’empêcher la diffusion d’images à
    but d’information, si celle si est correcte).

    Merci à vous 🙂

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *