Avenue Q (à prononcer « aveniou quiou », à l’américaine, of course !)

images-copie-28.jpgOn ne peut plus dire « caissière » : il convient désormais d’utiliser l’expression « hôtesse de caisse ». On ne doit pas parler de « pédé », mais d’homosexuel. On ne rencontre pas « un noir » mais « une personne de couleur ». A la télévision, on n’entend plus de « putain » mais des « biiiiiip » à longueur d’émissions de téléréalité. Plus personne ne peut allumer une cigarette ou parler d’alcool sur un plateau de télévision sans que le présentateur, hyper stressé à l’idée de se faire taper sur les doigts par le CSA ou je-ne-sais-qui, répète inlassablement que « le tabac nuit gravement à la santé » ou que « l’alcool est à consommer avec modération ». Aujourd’hui, on ne peut plus rien dire. Jusqu’où cela ira-t-il, je me le demande…

 

images-copie-29.jpgJe suis fatiguée de ce langage bien pensant, de cette façon qu’on a de voir le mal partout, de censurer, de donner un poids énorme à quelques mots. Lorsque j’étais petite, j’adorais manger des « têtes de nègres » : plus aucune pâtisserie n’en vend aujourd’hui. En revanche, on peut acheter des « meringues au chocolat ». Alors je vous le crie haut et fort : ce langage politiquement correct me fait CHIER !

 

Voilà, c’est dit.

 

Aujourd’hui, on ne peut plus mettre un pied dehors sans être confronté à cette censure de la société. Partout. Tout le temps… sauf… en ce moment au théâtre Bobino.

 

images-copie-31.jpgDepuis un peu moins d’un mois, le spectacle Avenue Q, une comédie musicale qui cartonne à Broadway depuis des années (10 millions de spectateurs, c’est pas mal…), a débarqué en France. Je sais ce que vous vous dites : encore une énième adaptation française d’une comédie musicale, ça va être foireux. Il faut dire que les paroles françaises du Roi Lion (heureusement qu’il y avait des décors extraordinaires, parce que je saignais presque des oreilles en écoutant cette terrible adaptation…) et de Mamma Mia (Abba en VF : une HONTE) n’ont pas vraiment été des réussites mémorables. Mais là, il faut bien admettre que les textes sont particulièrement réussis : en grande partie grâce à Bruno Gaccio qui, quoi qu’on puisse dire, a une vraie plume.

 

images-copie-32.jpgAlors, de quoi parle Avenue Q ? Tout simplement des habitants de l’avenue Q (how surprising !), une rue de New-York, dans un quartier un peu pourri, où vivent des artistes ratés méconnus, des chômeurs, des jeunes qui se cherchent… Un joyeux mélange d’humains… et de monstres, interprétés par des marionnettes. Je sais, vous vous demandez ce que ça peut donner. Et pourtant, cette comédie musicale est l’un des meilleurs spectacles du moment : des musiques super léchées, très dynamiques, en live avec un orchestre, des voix incroyables, des personnages attachants, parfois tristes, souvent touchants, toujours drôles… Et surtout, un franc-parler particulièrement rafraîchissant ! Dans Avenue Q, on appelle une bite une bite un chat un chat. Les paroles sont insolentes, mais tellement vraies… ENFIN un spectacle qui crie haut et fort que « tout le monde est titi peu raciste ». ENFIN des chansons qui disent que « j’irai pas loin, même avec un bac + 20 ». ENFIN des chanteurs qui osent parler de « si t’étais pédé » ou du fait qu' »Internet c’est pour le cul ». ARRRRRRGGGGGHHHHHH quel bonheur, quel soulagement, quelle impression de liberté retrouvée. Bye-bye la langue de bois, bonjour les mots de tous les jours.

 

images-copie-33.jpgCe spectacle, ce n’est rien de moins que trois heures de pur bonheur, de rigolade, de tendresse… On s’attache à Kate Monster, jeune professeur et éternelle romantique, à Lucy la Salope, la pute un peu trash mais so « Peggy la cochonne », à Princeton le surdiplômé qui cherche un but à sa vie, à Tatami la japonaise qu’on prend pour une chinoise… Les décors sont bien pensés, pleins de petits détails intelligents et de poésie. Après quelques minutes un peu déroutantes, on oublie les humains pour ne plus voir que les marionnettes. Ce spectacle est une pépite…

 

images-copie-34.jpgUn seul bémol : pourquoi, mais pourquoi, faut-il TOUJOURS que des références politiques viennent se glisser dans les spectacles français ? Parce que la petite référence à « Sarko qui va s’en aller » dans le final, bah ça a presque tout gâché. Et le tacle aurait été destiné à n’importe lequel des candidats, ça aurait été la même chose : on vient se détendre, oublier un peu un quotidien un peu morose, et en quelques mots, on se le reprend en pleine poire. Alors oui, l’auteur est une figure des Guignols de l’info, et son truc, c’est la politique, mais là, franchement, les élections présidentielles n’ont pas leur place. Dommage, le spectacle aurait pu être parfait…

 

Avenue Q au théâtre Bobino

Du 7 février au 1er avril 2012

14-20 rue de la Gaité

Paris

Tarif : 26 à 74 euros

A éviter pour les moins de 12 ans, car c’est cru-cru parfois…

 

 

 

La bande annonce française…

 

 

  Et un petit avant-goût avec la version anglaise !

 

 

 

9 pensées sur “Avenue Q (à prononcer « aveniou quiou », à l’américaine, of course !)”

  1. Oui le culte du risque 0 a vraiment atteint tous les domaines… toute personne publique ou ayant un rôle public, toute organisation (entreprise, association, parti politique) cherche a avoir
    l’image la plus lisse possible, pour que rien ne puisse lui être reproché. Toute parole doit être pensée et repensée pour éviter d’être mal interprétée, il y a des choses qu’on ne peut dire qu’en
    justifiant longuement sa position… Bref tout le monde est prié d’être dans le moule, le moindre pas de travers est aussitôt souligné, commenté, exacerbé (que ce soit dans les médias pour une
    personne publique ou dans l’entourage pour le citoyen lambda) et tout le monde est hyper réactif, hyper émotif, sans laisser le bénéfice du doute, sans relativiser…

    Je note cette idée de sortie pour si un jour je retrouve enfin le temps de refaire un week end à Paris… *soupir*

  2. Attends, tu sais qu’à un moment (trois ou quatre ans je crois) en Espagne il fallait dire « subsaharien » au lieu de « Noir » ? Merde un Noir est noir, s’il était vert on dirait un Vert !

  3. Vu la connotation péjorative que ces termes ont pris à cause des blagues, il ne faut plus utiliser « blonde » et « belge », qu’est ce qu’on pourrait trouver pour remplacer ? lol

  4. c’est drôle les glissements : on est passé de nègre à noir, puis « black », puis « kebla », puis « de couleur », puis » issu de la diversité »

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