Oh la belle merde

index-copie-58.jpgLa semaine dernière, je suis allée au théâtre. Ma copine Cha, qui a eu l’excellente idée de profiter de son comité d’entreprise pour prendre un abonnement à Artistik Rezo, a la gentillesse de m’emmener régulièrement me culturiser au théâtre. Nous avons ainsi découvert de nouvelles humoristes, vu des acteurs réaliser des danses tribales nus sur scène ou passé de délicieuses soirées devant des comédies musicales. Alors quand elle m’a proposé d’aller voir le dernier spectacle avec Catherine Frot, j’ai bien sûr dit « banco ».

images-copie-39.jpgCe que j’aime bien avec le théâtre, c’est d’y aller un peu à l’aveugle, sans vraiment savoir ce que je vais voir. Un peu comme un film dont je n’aurais pas vu la bande-annonce. La surprise n’en est généralement que meilleure. J’ai quand même regardé les critiques, histoire de savoir si nous allions voir une bouse ou un chef d’oeuvre : « Catherine Frot est tout simplement épatante », « un spectacle d’une grande force où se déploit le talent dévastateur de Catherine Frot », « Catherine Frot est magnifique »… Les critiques sont dithyrambiques, alors je m’attends à la soirée de l’année.

index-copie-59.jpgNous voilà au théâtre, hyper bien placées, et le rideau se lève. Devant nous, un décor surprenant : une sorte d’huître géante (mais alors VRAIMENT très très grosse, genre qui prend toute la scène) sensée représenter la terre, et dans laquelle Catherine Frot est enfoncée jusqu’à la taille. Voilà voilà… C’est parti pour « Oh les beaux jours », un trèèèèèèèèèèèèèèèès long monologue de Samuel Beckett (j’ai enfin compris tout le sens des paroles si profondes de la chanson de Vincent Delerm, « c’est pas mal joué mais faut aimer Beckett »). Je ne connaissais pas Beckett (quoi ???? tu ne l’as jamais étudié à l’école ? Bah non, désolée de vous décevoir, peut-être est-ce parce que je viens de l’enseignement public, mais je n’ai jamais lu le moindre texte de cet auteur.) et croyez moi, après cette soirée, ce n’est pas près de changer.

zoom_affiche20130218144755.jpgLa représentation commence : Winnie (aka Catherine Frot) se réveille, se brosse les dents, se maquille, commence sa journée en parlant à un mari qu’on ne voit pas trop. Je me dis que ça va partir, que c’est juste le début qui est un peu long… Et voilà Winnie qui parle, qui parle, qui parle, un monologue sans queue ni tête, complètement décousu, que j’ai beaucoup de mal à suivre. Je jette un coup d’oeil discret vers ma copine Cha, qui a l’air aussi perdu que moi (ce qui me rassure un peu). Mais autour de nous, les gens rient (là pour le coup, je ne comprends pas DU TOUT pourquoi). Le rideau tombe, silence, noir dans la salle, quelques notes de musique, fin du premier acte.

index-copie-60.jpgLe rideau se relève : cette fois, Winnie est enterrée jusqu’au cou dans son huître transgénique : niveau jeu de scène, ça promet… Ceci dit, il faut bien reconnaître que Catherine Frot, elle est super balèze avec son visage et qu’elle y fait passer plein de trucs. Si un jour elle est atteinte du syndrome du locked-in, je suis sûre qu’elle n’aura aucun problème pour parler avec ses yeux. Bref, la pièce continue et je ne comprends toujours rien : quelle est cette sirène qui hurle dès que Winnie ferme les yeux, pourquoi son mari ne répond-il plus puis essaie-t-il finalement de la rejoindre en haut de sa montagne avant de s’écrouler – mort ? – à ses pieds ? Vraiment, j’ai l’impression d’être dans une dimension parallèle. Et le rideau tombe à nouveau. Personne n’applaudit, croyant à la fin du deuxième acte et s’attendant au début d’un troisième…

index-copie-61.jpgLe rideau se relève, dans un silence assourdissant. Les deux acteurs reviennent sur scène, un peu gênés : « euh, bah voilà, c’est fini ». Fou rire de Cha et moi, of course, et applaudissement à tout rompre de la salle, ce qui me surprend particulièrement puisque ce petit incident de fin de spectacle montre clairement que personne ne connaissait la pièce et n’a vraiment compris que c’était fini. En quittant la salle, j’écoute discrètement les commentaires des autres spectateurs « ah la la, quelle intensité », « extraordinaire », « poignant ». Ok, là, il y a clairement un problème avec mon cerveau et mes capacités intellectuelles… Ou alors, ça fait chic de laisser croire qu’on a trouvé cette pièce d’une intensité si forte qu’il va falloir du temps pour s’en remettre (ceci dit, il m’a fallu du temps pour m’en remettre).

images-copie-40.jpgA peine rentrée chez moi, je vais vite chercher des informations pour en savoir plus et essayer de déchiffrer un peu ce texte si incompréhensible étrange. Même après avoir lu les explications et en avoir discuté avec de plus grands connaisseurs (« mais si, c’est un texte sur la finitude (WTF ????), sur une femme âgée qui fait le bilan de sa vie qui arrive à une fin inexorable. Une analyse et une critique pointue de notre société. C’est Madeleine Renaud qui était merveilleuse dans ce rôle »). Voilà voilà, même après explication, je n’ai toujours pas compris. Visiblement, cette sonnerie qui retentissait en permanence aurait symbolisé les sonneries des camps de concentration : je ne comprends pas le pourquoi mais bon… Et surtout, si c’est l’histoire d’une femme à la fin de sa vie, j’ai trouvé Catherine Frot beaucoup trop jeune : elle est fraîche comme un petit moineau posé sur un gros pâté de terre (vraiment, qu’elle me donne les références de sa crème anti-rides, je suis preneuse !!!! A quand Catherine Frot égérie L’Oréal, sérieusement !!!!!). La seule explication plausible à ce texte si étonnant, c’est que son auteur était un grand consommateur de psychotropes…

Et pour ceux qui voudraient quand même y aller, c’est à vos risques et périls, mais voilà les infos :

Oh les beaux jours, de Samuel Beckett

Théâtre de l’Atelier

Toutes les infos ici

 

13 pensées sur “Oh la belle merde”

  1. Pour ton info : un inspecteur avait cru bon de mettre « fin de partie » du même Beckett au programme des terminales L il y a deux ans. (et « oh les beaux jours », à côté de « fin de partie », c’est « le
    dîner de cons » à côté du « dialogue des carmélites »). Bref, tous les profs de français, saisis d’une violente passion de productivité sans doute, et voulant rentabiliser les
    commentaires qu’ils ont eu tant de mal à pondre, le font étudier à tour de bras…

    Question : y avait-il un acteur tout nu sur scène ? parce que de nos jours, s’il n’y a pas de zizi, c’est une pièce ringarde. Ce qui m’a valu un fou rire à l’Odéon, pour « un tramway nommé
    désir » dans la scène du viol de « Blanche » (Isabelle Huppert, toujours d’accord pour se mettre à poil) , où « Stanley » avait gardé ses chaussettes… Regards furieux de la moitié des
    spectateurs, l’autre moitié étant partie au cours du premier acte… mais quand le fou rire vous prend…

    mais il y a quand même des bons metteurs en scène, pas forcément ceux qui ont les meilleurs critiques d’ailleurs… peut-être parce qu’ils sont honnêtes avec le texte et avec les journalistes…

    1. Pas d’acteurs nus cette fois-ci (et j’avoue que j’en suis plutôt contente : je ne suis pas super fan de ces corps nus – souvent vilains – qu’on exhibe sous prétexte d’art…) !!!

  2. Quooooiiii tu connnais pas Beckett ?

    Non, plus sérieusement, c’est sur que allez voir du Beckett (peu importe par qui c’est joué) sans savoir à quoi s’attendre ça peut choquer un peu..ça fait longtemps que j’ai arrêté d’attendre
    godot pour ma part..

    Beckett est à mon sens un peu au théâtre ce que le cinéma d’art est d’essai est au cinéma « normal ».. C’est surement très intéressant mais j’en suis resté au côté un peu chiant/masturbation de
    mononeurone..

    Bref, je compatis !

     

     

  3. Je me souviens d’une pièce comme ça, un monologue, jouée par la soeur de Vincent Cassel… J’ai rien pigé au texte, et apparemment, j’étais pas la seule.

    Le problème du théâtre quand tu t’ennuie, c’est que tu peux difficilement piquer du nez tant les sièges sont inconfortables !

    1. Les sièges inconfortables, ça fait partir du « charme »… Mais j’avoue que je suis assez contente d’être petite quand je vais au théâtre, car mes amis aux grandes jambes sont toujours très mal
      installés !!

  4. Dieu sait si en tant que littéraire j’apprécie beaucoup de théâtres (populaires et plus élitistes), mais ce que vous appelez « belle merde » est un texte profond et une performance extraordinaire
    (Catherine Frot). Non le texte ne s’adresse pas qu’aux initiés, mais dit des choses fondamentales sur la vie, sur ce qu’elle a de répétitif, de superficiel… 

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