Rapport de stage

images-copie-51.jpgL’autre jour, je suis tombée sur une magnifique offre d’emploi : un poste à responsabilités, exigeant une véritable connaissance de la communication et de ses subtilités, de l’expérience en France et à l’international, des capacités managériales, d’excellentes capacités rédactionnelles… Bref, mon dream job. Jusqu’à ce que je lise la dernière ligne du descriptif de poste : « convention de stage exigée ». La chute fut douloureuse. Mais malheureusement, cette situation n’est que la partie émergée de l’iceberg : un phénomène que les jeunes sont de plus en plus nombreux à dénoncer mais pour lequel il n’existe pour le moment pas de réelle solution. Avez-vous déjà entendu parler des « boîtes à stagiaires » ? Il s’agit de ses entreprises qui, plutôt que d’embaucher des salariés expérimentés, cumulent les stagiaires pour remplir leurs effectifs à moindres frais… Un phénomène particulièrement courant chez les jeunes entreprises qui n’ont pas trop de sous (normal) mais également, et c’est beaucoup plus choquant, dans les agences de communication.  

index-copie-77.jpgMon expérience de stagiaire, il y a maintenant 7 ans, n’a pas du tout reflété la réalité : j’ai eu la chance d’effectuer mon stage de fin d’études au sein d’un grand groupe, avec tous les avantages qui vont avec : une rémunération très satisfaisante, des horaires limités, ma carte de transport remboursée à 100%, l’accès au restaurant d’entreprise, les chèques vacances… Ma responsable de stage m’avait d’ailleurs informée, lors de mon entretien d’embauche, que la société considérait que les stagiaires étaient là pour apprendre mais qu’ils étaient traités comme tous les autres salariés. J’ai eu la chance d’intégrer une équipe au sein de laquelle j’ai pu découvrir plein de choses, travailler sur des tas de projets passionnants, apprendre, de poser des questions, toucher à tout… J’étais bien loin des stages « café-photocopies-classement » dont j’entendais si souvent parler.

images-copie-52.jpgCe n’est que par la suite que j’ai découvert l’atroce réalité. Il y a d’abord eu cette jeune entreprise où 90% des « salariés » étaient des stagiaires payés le minimum légal (un tiers du SMIC, au centime près) et dont même la carte de transport n’était pas remboursée. On ne leur faisait même pas un cadeau au moment de leur départ, à tel point que j’ai payé de ma propre poche des cadeaux de départ pour ceux qui n’étaient même pas « mes » stagiaires, tellement je trouvais la situation choquante. Et puis il y a eu les agences de communication, où les stagiaires effectuaient carrément le travail de chef de projets junior, toujours payés des clopinettes. Dans ces conditions, on pourrait se dire qu’il doit être impossible de trouver un stagiaire ? Et bien non : aussi étonnant que cela puisse paraître, les stagiaires de grandes écoles se bousculaient au portillon pour décrocher le précieux sésame. La faute au système…

images-copie-53.jpgDans la plupart des établissements scolaires post-bac, pour obtenir son diplôme, il est obligatoire de réaliser un certain nombre de mois de stage. De plus, impossible de trouver un poste en CDD voire – graal suprême – en CDI si l’on n’a pas déjà une expérience professionnelle solide. C’est un peu comme les entrées en boite de nuit : certains clubs ne laissent entrer que les « habitués », mais comment devenir un habitué si l’on ne nous y laisse pas entrer une première fois ? Alors forcément, les entreprises profitent du fait que les jeunes ont besoin de faire des stages pour les exploiter.

index-copie-78.jpgAu cours de mes différentes expériences, j’ai managé toutes sortes de stagiaires : il y a eu les intelligents, les bosseurs, ceux qui étaient là pour apprendre et auxquels j’ai adoré transmettre mon « savoir ». Il y a eu ceux qui me bluffaient car je les voyais effectuer un travail étonnant pour leur âge. Et puis il y a eu les glandeurs, ceux qui s’en foutaient royalement, ceux qui plantaient leur stage en cours de route (dont celle qui a arrêté au bout d’un mois après s’être engagée pour deux mois alors qu’elle avait prévu des vacances à l’étranger…). Côté stagiaires, c’est comme la Foire-Fouilles : on trouve de tout… Mais j’ai quand même eu un stagiaire champion du monde : appelons-le Maxime…

Kill-me-please-affiche.jpgMaxime venait d’une cité : il avait eu un parcours un peu différent et avait visiblement très envie de s’en sortir. Du moins, c’est ce qu’il avait dit à ma boss de l’époque lors de son recrutement (pour lequel je n’avais pas été consultée, alors même que j’allais travailler avec lui… Sans commentaires…). Mais visiblement touchée par ce très beau mec qui lui rappelait certainement qu’elle aussi avait dû se battre, ma boss l’avait embauché, alors même qu’il n’avait pas de connaissances en Marketing ou en Communication. J’en ai fait les frais. Certes, Maxime avait très bien compris qu’un stagiaire n’avait pas à être exploité : s’il arrivait généralement en retard (et encore, quand il venait : un matin, inquiète de ne pas le voir arriver et après avoir essayé de le joindre à plusieurs reprises, j’ai finalement reçu un coup de fil m’informant qu’il ne viendrait pas travailler car il était en garde à vue…), il partait en revanche parfaitement à l’heure. Un soir, à 16h56, je lui ai demandé s’il avait bien envoyé, comme je le lui avais demandé plus tôt dans la journée, l’email qu’attendait le client : « ah mince, j’ai oublié. Je le ferai demain car là j’ai éteint mon ordinateur. Tu comprends, vu ce que je suis payé, je ne vais certainement pas faire d’heures supplémentaires ». Certes, je comprends tout à fait son point de vue, mais j’avoue que ce jour-là, je me suis permis de lui faire remarquer qu’il restait encore 4 minutes, et qu’il avait encore le temps de faire son travail, et donc d’envoyer ce foutu mail.

index-copie-79.jpgCeci dit, j’aurais peut-être dû m’abstenir : en copie du fameux email, j’ai rapidement constaté que Maxime avait de très grosses lacunes en orthographe. Quand on écrit en phonétique, clairement, les clients n’apprécient pas… Le hic, c’est que ma boss avait dit au client que Maxime était là en CDD pour gérer la réalisation d’un livre (et notamment toute la partie rédactionnelle…) : rapidement, le client a compris qu’il y avait une couille dans le potage, et devinez qui a récupéré le dossier ? Bibi. J’ai eu une petite explication avec Maxime, pour lui expliquer qu’il fallait faire attention aux fautes d’orthographe et absolument relire ses emails avant de les envoyer. Mais quand il m’a dit qu’il l’avait relu, j’ai compris que le problème était plus profond : j’ai donc donné des cours de grammaire à Maxime. En quittant l’entreprise, à la fin de son stage, quand on lui a demandé ce qu’il avait appris, il m’a remerciée d’avoir « pinaillé sur l’orthographe » car il faisait beaucoup moins de fautes.

Mais ce n’est pas la plus grosse boulette de Maxime… Alors que j’avais posé ma démission auprès de mon boss, mon départ de l’entreprise n’avait pas encore été annoncé à mon gros client. Il faut dire que j’étais la troisième personne à ce poste en moins de deux ans, et qu’un important turn-over ne donne pas images-copie-54.jpgune très bonne image d’une entreprise. Mon boss m’avait donc demandé, devant Maxime, de ne rien dire au client tant qu’on n’aurait pas trouvé mon remplaçant. Mais j’ai assisté, impuissante, à une conversation téléphonique surréaliste au cours de laquelle une grosse cliente expliquait à Maxime qu’elle gérerait un dossier important avec moi à la rentrée. Et la réponse de Maxime fut éloquente : « ah bin non, Mado a démissionné donc elle ne sera plus là en septembre ». J’ai bondi de mon bureau et fait des grands gestes à Maxime pour lui dire de fermer sa gueule ne pas s’enfoncer plus, mais le mal était fait : la cliente voulait me parler. Grosse ambiance au bureau et énormes remontrances de ma boss qui m’est tombé dessus pour ne pas avoir su gérer mon stagiaire (qu’elle avait recruté, rappelons-le…). Bref, Maxime, c’était une flèche.

images-copie-55.jpgMais à côté des Maxime, il y a ces milliers de stagiaires diplômés, ultra compétents, qui font le même travail que des seniors mais pour un salaire de misère… Des associations se créent, certains essaient vainement de dénoncer le système, mais les choses ne semblent pas près de changer. Une nouvelle loi a été mise en place, pour empêcher les entreprises de ne prendre que des stagiaires : dorénavant, un stage ne peut durer plus de 6 mois, et il doit impérativement y avoir un délai de carence d’au moins un tiers de la durée du stage avant de prendre un nouveau stagiaire (en gros, si vous embauchez un stagiaire pour 6 mois, vous devrez attendre 2 mois avant d’en trouver un autre). Est-ce que cette mesure sera un frein ? Je vous donne la réponse tout de suite : non. Pour la simple et bonne raison que les entreprises vont simplement changer les intitulés des postes… Les stages seront, sur le papier, différents, donc pas de problème. Et en attendant, le marché du travail est catastrophique, les recruteurs reçoivent des centaines de CV et sont alors de plus en plus exigeants (et avec des salaires de plus en plus bas) : pourquoi s’emmerder à prendre un senior quand on peut avoir deux stagiaires ? Le marché de l’emploi va mal…

 

6 pensées sur “Rapport de stage”

  1. Maxime et Cocon, même combat ? 😉

    Sinon, je doute fortement que les entreprises arrêtent les stages : l’inspection du travail ne peut pas tout contrôler, elles doivent encore avoir de la marge de manoeuvre.

    Si la croissance revient, revivrons-nous une période où les candidats pourront faire les fines bouches ?

    1. Personnellement, je ne pense pas être sur Terre suffisamment longtemps pour être là le jour où les candidats pourront se permettre de faire la fine bouche… (mais j’adorerais )

    1. Bien sûr que ça compte !!!

      Et vues les expériences que tu as eues avec tes différents managers, je pense même que tu pourrais rajouter des tas de choses à ton CV !!!

  2. J’ai été une brave stagiaire pendant plus d’un an…qui faisait des missions à des centaines de bornes de chez elle en partant à 5h du mat, car on ne me payait même
    pas l’hôtel et mon « tuteur » ne s’est même pas déplacé pour ma soutenance…Finalement, une « amie » a été embauchée à ma place…Je l’ai revu de loin un jour et il a eu de la chance d’être loin,
    car je ne me générai pas de lui claquer le beignet!

    Je suis moi-même tutrice et c’est vrai qu’il y a tous les profils…Les courageux, les glandues, la coconne qui fait une énorme connerie et m’envoie son père, car elle ne supporte pas d’avoir été
    remise à sa place…

    Il y a des abus dans les deux sens!

     

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