Quand ma boss me cherche… elle me trouve

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Dans ma carrière professionnelle, j’ai eu l’occasion de travailler avec toutes sortes de personnalités : à tel point que je pourrais écrire dix volumes sur le thème « gérer les personnalités difficiles » ! Mais il y a une expérience qui a été particulièrement désagréable : il y a quelques temps, j’ai été confrontée à une boss qui me prenait pour une conne. Littéralement. Et ça, autant vous dire que ça n’est pas passé du tout…

J’étais alors responsable communication dans une entreprise d’une centaine de personnes. Un matin, ma boss, la PDG, me convoque dans son bureau pour m’annoncer qu’elle souhaite organiser un diner avec une dizaine de cadres dirigeants de la boîte dans un grand hôtel parisien. Pas de souci : bien que cette tâche ne fasse pas vraiment partie de mes attributions (la réservation des restaurants étant plutôt du ressort de son assistante, à qui elle parle par ailleurs comme à une sous-merde, comme à l’ensemble des salariés), j’accepte de l’aider et contacte l’hôtel.

Comme elle le souhaitait, je réserve un salon privatif et lui soumets plusieurs choix d’entrées, de plats et de desserts proposés par le palace (la politique de la maison imposant de choisir un menu unique à l’avance pour ce type d’événement). Etant habituée à organiser des dîners de gala, je commence à connaître un peu ce qui plaît – ou non – au plus grand nombre en matière de nourriture : pour faciliter le choix de ma boss (qui, en plus d’être odieuse, est également particulièrement incompétente professionnellement et totalement incapable de prendre une décision, même la plus dérisoire, sans demander leur avis à 15 personnes…), je me permets de lui suggérer un menu qui, à mon avis, plaira à tous. Evidemment, elle ne m’écoute pas et choisit un menu qui lui plait : foie gras, magret de canard et purée, éclair au chocolat. Je lui dis que je trouve ce menu un peu roboratif mais elle insiste. Je m’exécute et effectue donc la réservation.

Quinze jours plus tard, on est au matin de la soirée. Ma boss m’appelle sur ma ligne fixe :

– Madeleine, il y a un problème avec le menu que vous avez choisi. J’en ai parlé à plusieurs des convives qui m’ont dit que c’était beaucoup trop lourd.

– Carole, permettez-moi de vous rappeler que c’est vous qui avez choisi ce menu et que je vous avais alerté sur le fait qu’il était très gras…

– Mais pas du tout, vous ne m’avez rien dit.

C’est face à ce genre de mauvaise foi que je suis ravie d’être très procédurière : l’expérience m’a appris à toujours couvrir mes arrières, c’est pourquoi, avant de faire la réservation, j’avais adressé un mail à ma boss lui confirmant son choix de menu et lui rappelant les réserves que j’avais émises. J’ai été bien inspirée ce jour-là. Il faut dire que je suis allée à bonne école.

– Carole, cela m’étonne : je me permets de vous renvoyer le mail que je vous avais adressé à l’époque sur ce sujet.

– … (la connasse n’ose plus rien dire). Bon, et bien c’est trop lourd : il faut changer le menu. Appelez l’hôtel et faites le nécessaire. Venez me voir ensuite.

Je me suis exécutée, tout en sachant pertinemment que ce ne serait pas possible, comme je l’avais lu en signant la réservation, et me suis ensuite dirigée vers le bureau de ma boss pour lui confirmer ce que je lui avais déjà dit.

– Carole, j’ai eu l’hôtel : ils m’ont confirmé que nous ne pouvions pas changer.

– Mais c’est que vous ne savez pas y faire. Vous dites n’importe quoi : laissez-moi les appeler.

Elle s’exécute. A ce moment précis, je transpire à grosses gouttes et croise les doigts très fort pour que la réponse soit la même (sinon, niveau crédibilité, je perds tout…). Fort heureusement, ma boss reçoit le même refus et se permet même d’engueuler la gentille jeune femme qui gère notre réservation. Je jubile intérieurement (enfin, pas si intérieurement que ça, vu le sourire que j’affiche clairement).

– Bon, ils ne veulent pas. Ils ne sont vraiment pas commerçants.

– Je vous l’avais dit, Carole.

Bon, j’aurais pu m’abstenir, mais c’est sorti tout seul. Et visiblement, ça ne lui a pas plu, puisqu’elle a relancé la charge contre moi.

– De toutes façons, vous ne m’avez pas proposé assez de choix : seulement deux entrées, deux plats et deux desserts, ce n’est pas suffisant. Vous auriez dû m’en proposer plus.

– Carole, je suis surprise car je vous en ai proposé trois de chaque.

– Mais pas du tout ! Vous insinuez que j’ai tort et que je ne sais pas lire ? Allez donc chercher les menus et vous verrez que vous ne m’en avez certainement pas proposé trois !

Je repars dans mon bureau, particulièrement énervée et à deux doigts de dire à cette connasse ses quatre vérités, mais je réussis à me contenir. Je retrouve le document, et retourne voir ma boss. Je fais profil bas en entrant…

– Carole, vous aviez raison, effectivement, je ne vous ai pas proposé trois menus…

– AH, VOUS VOYEZ !!!!

– Non, je vous en ai proposé QUATRE !

J’ai posé les menus sur son bureau et je me suis cassée.

Autant préciser que peu de temps après, j’arrêtais de travailler pour cette odieuse bonne femme.

 

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