Féminisme : qui sont nos modèles ?

Aujourd’hui, c’est la Journée internationale des Droits des Femmes. Bien qu’on puisse légitimement se demander quelle est l’utilité d’une telle journée, surtout en France où nous ne sommes pas les plus mal loties, il faut malgré tout reconnaître que bien que nous soyons au 21ème siècle, on est bien loin de l’égalité entre hommes et femmes. Difficile de comprendre pourquoi le simple fait d’avoir un bout de chair qui pendouille à l’entrejambe a entraîné de telles différences de traitement en défaveur de celles qui n’en n’ont pas. Mais au moins, le 8 mars est l’occasion de réfléchir chaque année et de faire le point sur l’avancée (ou le recul…) de la situation des femmes.

Depuis un mois, on sent monter la pression : émissions de télévision ou de radio, articles sur le féminisme, starlettes qui se réunissent pour sortir un (très mauvais) CD vendu au profit d’on-ne-sait-quelle-association… Ces derniers temps, les médias ne semblent plus avoir que le mot « féminisme » à la bouche (rassurez-vous, ça ne durera pas : d’ici 2 ou 3 jours on sera passé à autre chose. En plus, vue l’actualité politique, pas sûr que le sujet du droit des femmes déchaîne les passions… La Journée de la Femme, c’est le marronnier du féminisme pour se dédouaner de ne rien faire le reste de l’année). Alors forcément, la question se pose de savoir ce qu’est vraiment le féminisme aujourd’hui et qui incarne ce mouvement.

D’après mon meilleur ami le dictionnaire, le féminisme est « un mouvement militant pour l’amélioration du rôle et des droits des femmes dans la société ». Jusque là, c’est plutôt clair : l’idée c’est qu’hommes et femmes soient traités de la même manière, sans distinction selon leur sexe. Quand je cherche des modèles de féministes, je pense bien sûr aux suffragettes, à Elizabeth Badinter, Simone de Beauvoir, Françoise Giroud… Des femmes qui ont pris position, osé affronter une société peu complaisante pour les femmes et permis de faire évoluer les mentalités et la loi. Mais elles appartiennent aujourd’hui à une autre génération, parfois en décalage avec les femmes du 21ème siècle. Même si leur engagement et leur combat restent d’actualité, les jeunes générations ne les connaissent pas et ne s’identifient pas à ces modèles d’avant.

Il y a ensuite eu des tas de mouvements féministes : les Chiennes de Garde, les Ni Putes ni Soumises… et plus récemment les Femen. Mais ces mouvements, sous prétexte de faire bouger les choses, font parfois preuve d’une grande violence (rien que dans leurs noms…) dans laquelle la plupart des femmes ne se retrouvent pas. Personnellement, je ne pense pas que le fait de manifester en hurlant toute poitrine à l’air participe vraiment à améliorer les choses. Bien au contraire…

Mais qui alors aujourd’hui pour porter les valeurs du féminisme ? Certains noms reviennent souvent : Beyoncé, Hillary Clinton, Emma Watson, Sheryl Sandberg… Une chanteuse, une femme politique, une actrice, une femme d’affaires. Mais aucune n’est française. J’adore la chanson de Queen B « Who run the world ? Girls », je suis très admirative de l’engagement pour le droit des femmes de celle qui joua Hermione et j’adorerais qu’une femme puisse diriger un pays tel que les Etats-Unis sans que soit prise en considération la question de son sexe. Mais je n’arrive pas à m’identifier à elles et je ne suis pas certaine que ces femmes soient réellement des modèles universels de féminisme.

Voilà un moment que le sujet me trotte dans la tête : oui, je me considère comme une féministe, depuis toujours. Je déteste qu’on me fasse sentir que je suis plus faible ou moins intelligente voire inférieure tout simplement parce que je suis une femme, et avant d’être confrontée personnellement à des remarques sexistes ou des situations désagréables mettant en cause le simple fait que je sois née avec des seins, je n’avais jamais envisagé que les femmes puissent ne pas être considérées comme égales aux hommes. Et c’est là que j’ai compris.

Mes modèles féministes, je ne les trouve pas dans les livres, à la télévision , au cinéma ou en politique. Mes modèles féministes, ce sont mes parents, tout simplement. A la maison, on ne se posait pas la question : mes parents m’ont eue un peu tard, et appartiennent à une autre génération. Et pourtant, ils ont fait preuve d’un modernisme assez rare en matière de féminisme, pas par conviction ni par choix, mais juste parce qu’ils se considéraient véritablement sur un pied d’égalité. Ma mère a toujours travaillé et été très indépendante (ce qui était une première pour une femme de la famille). Elle n’aime pas franchement faire la cuisine et est assez accro aux nouvelles technologies (c’est simple : tu la cherches, elle est sur son Mac – je fais évidemment référence à son ordinateur !). Mon père était un scientifique pur et dur, qui créait des satellites (trop classe). Et d’un autre coté, c’est lui qui fait la cuisine au quotidien, reprisait nos vêtements quand ils avaient un accroc et m’accompagnait faire mes courses de sous-vêtements quand j’avais 17 ans, juste parce qu’il ne travaillait pas le mercredi et qu’il avait le temps.

Jamais la question ne s’est posée de faire des activités de fille ou de garçons : qu’il s’agisse de coudre un bouton, réparer un truc cassé, me préparer à manger ou changer une roue, on m’a toujours appris à faire les choses par moi-même, à savoir me débrouiller, à trouver des solutions, à ne pas être dépendante de quelqu’un d’autre. Et voilà ce qu’est le vrai féminisme… Quand je vois une de mes proches, frappée par son mari, qui reste à ses côtés juste parce qu’elle ne se sent pas capable de gérer seule les factures, son compte en banque ou les impôts, je réalise que le vrai féminisme n’est pas qu’un étendard brandi par une poignée de personnalités, mais réellement un travail de longue haleine pour lequel nous sommes tous responsables.

Les féministes d’aujourd’hui, ça devrait être tout le monde. Mes modèles à moi, c’est mon père, ma mère, mon chéri, ma sœur, mes copines, mes collègues, un DRH, un membre de ma famille, des personnes que je fréquente ou que je ne croiserai que quelques instants… Mon féminisme c’est d’observer ceux qui m’entourent, de m’inspirer de chacune de leurs petites victoires, de chaque petit acte qui fera avancer les choses. C’est de faire attention à ne rien laisser passer. Et être féministe, c’est se dire qu’on peut aussi inspirer les autres et faire changer les mentalités… Etre féministe finalement, c’est se dire que le 8 mars ça devrait être tous les jours et que c’est à nous de faire bouger les lignes au quotidien…

11 pensées sur “Féminisme : qui sont nos modèles ?”

  1. bon… depuis ce matin je réfléchis à ce que m’inspire cette journée… et je ne sais même pas pourquoi je me suis pris le chou à essayer… il suffit de cliquer sur ton article ! 🙂
    Merci ma p’tite féministe de m’inspirer un peu plus chaque jour! 🙂

  2. Eh bien, tu as eu pas mal de chance, et je te rejoins aussi: il est important de savoir se débrouiller seule. D’ailleurs, on l’apprend beaucoup quand on passe quelques temps après avoir quitté ses parents en vivant tout-e seul-e dans son appartement. Curieusement, les hommes le font aussi, mais apprennent peu à cuisiner ??
    Sinon, je pense que tu as eu des parents assez différents des modèles « classiques » / habituels de l’époque, parce qu’autours de moi, c’était plutôt des répartitions genrées traditionnelles.

    Quant aux modèles, ou aux inspirations, twitter m’a beaucoup appris, en suivant certaines personnes, et en lisant ce qu’elles partageaient.

      1. Pas faux… mon ex-mari avait appris à cuisiner la viande. Il était très fier de savoir cuire son steak haché…

        au micro-ondes !!!
        Je peux donc confirmer que l’amour peut rendre con, je trouvais l’idée chouette et le steak pas mauvais o_O

  3. Bonjour
    Bon article sur un sujet souvent mal traité dans les médias.
    Le fémininisme pour moi c’est élever mes filles avec un regard ouvert sur le monde et en démontrer toutes ses possibilités.
    On peut faire ce que l’on veut si on s’en donne les moyens.
    Les stéréotypes ont la vie dure et j’ai du mal à comprendre que ce soit d’abord les femmes qui les entretiennent.
    Il reste tant de chemin à parcourir …
    A bientôt

      1. Toute la difficulté de faire « disparaitre » les stéréotypes réside dans le fait qu’ils sont souvent rentrés dans l’inconscient collectif. Il n’y a qu’à voir le nombre de vidéos sur des problèmes rencontrés par des femmes, mais « jouées » par des hommes, pour que l’on comprenne, par un renversement des rôles, à quel point on peut rencontrer des problèmes pour tant de choses.

        J’en discutais avec une amie, jeune mère d’un garçon puis d’une fille, qui expliquait que pour déconstruire les attentes envers les garçons et les filles, il fallait adapter une partie de son éducation au sexe de son enfant. Par exemple, à son petit garçon, elle insiste énormément sur le respect du consentement (que ce soit pour lui, ou celui des autres) ; pour sa fille, elle admet qu’elle devra malheureusement insister sur la combattivité, et lui apprendre à se défendre « seule ». Elle espère ainsi arriver à leur permettre de se retrouver à un « juste milieu » entre ce qu’on attend d’eux en tant que garçon ou fille, et ce qu’ils pourront faire plus tard pour changer cela. (je ne sais pas si je suis claire, mais je trouvais son raisonnement un peu logique)

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