La galette des rois au bureau : bonne idée ou grosse galère ?

En entreprise, le mois de janvier est une véritable torture. J’ai toujours détesté. Tout commence le 2 janvier, quand tu reprends le boulot après quelques jours de congés imposés (« l’entreprise ferme pour les fêtes ». Super, sauf que toi, tu préfèrerais prendre tes vacances en dehors de période scolaires, mais bon, tu n’as pas le choix donc tu fermes ta gueule) : à peine as-tu posé un pied dans l’open-space, encore un peu alcoolisée de ton nouvel an éprouvant (mais donc ton corps se souviendra longtemps, contrairement à toi qui n’a plus beaucoup de souvenir de la soirée) que tu es agressée à coup de « bonne année ! » et de « et bonne santé surtout !! ». Le rigolo de la boîte ne manquera pas de te faire la vanne du siècle en te souhaitant « Bananier et pommes sautées » (blague qui a fait rire ton neveu de 5 ans – et c’est bien normal car c’est de son âge – mais dont tu ne comprends toujours pas qu’en 2018, des adultes puissent encore oser la faire) à laquelle tu répondras par un demi-sourire semi-saoulé semi-poli. Allez, tiens bon : ça ne durera qu’un mois (oui, certains oseront encore te souhaiter une bonne année le 30 janvier « puisqu’il n’est pas trop tard). Tu vois déjà la lourdeur des premiers jours de ton année, hein ? Et bien tout ça n’est rien à côté de la galette des rois.

Mettons les choses au clair tout de suite : j’adore la galette des rois. J’aime ce petit pic d’adrénaline au moment où je découpe les parts : « vais-je couper la fève ? » (la réponse est « oui » : coïncidence ou loi de Murphy, je ne sais pas mais ma famille s’amuse toujours de constater que je coupe quasi-systématiquement la fève quand je suis de corvée de découpe). J’adore ce petit suspense quand tu reçois ta part, tirée au hasard, et que tout est encore possible (j’entends par là : avoir la fève). Quand tu manges ta première bouchée et que tu découvres le fondant de la frangipane tiède et le craquant de la pâte feuilletée (uniquement rendu possible grâce au réchauffage au four)… J’aime la galette la semaine de l’épiphanie. Comme quelque chose de rare, qu’on ne savoure qu’une fois par an. Rien à voir avec la galette des rois au bureau.

Souvent, c’est un peu l’occasion de faire un doublé : on fait « les vœux » et la galette en même temps. Tout le monde se retrouve en salle de réunion ou à la cantine (selon la taille du groupe). Peu importe que tu sois en train de bosser sur un truc urgent ou que tu aies prévu de partir tôt le soir : tu te retrouves les bras croisés, un peu gêné, avec une flopée de collègues qui tu aimes plus ou moins, à écouter un discours ennuyeux à mourir en attendant de manger ta pauvre part de galette. Tu sais, celle achetée dans une boîte en plastique au supermarché, qui tombe en miettes dès que tu la touches et qui suinte le gras à peine tu l’effleures. En plus, tu vas la manger froide (ou réchauffée au four micro-ondes – je ne sais pas ce qui est le pire). Rien qu’à la regarder, tu sais que tu vas devoir te taper deux heures de sport en plus pour éliminer toute cette graisse dégueulasse dont tu n’as même pas envie. Et pas question de refuser une part, au risque de passer pour la rabat-joie de service. La galette des rois est un événement social important en entreprise et, à moins d’être super pote avec tes collègues, tu es obligée de faire semblant de t’amuser. Et je ne parle pas de la terrible épreuve qui t’attend si tu as la fève : au mieux, tu te retrouveras affublée d’une ridicule couronne en papier (toi qui essaies justement de gagner en crédibilité auprès du CEO dans le but de te positionner pour ce poste un peu sensible…), au pire, un gros con aura l’idée saugrenue de te demander de choisir un roi. Sous le regard de toute l’assemblée (soulagée de ne pas être à ta place), tu te demandes ce que tu dois faire : si tu prends ton boss, tu passes pour une lèche-cul. Ton stagiaire, et hop, harcèlement sexuel sur mineur. Ton collègue beau gosse avec lequel tu t’entends bien, et il n’en faut pas plus pour que naissent des rumeurs sur une liaison torride entre vous… L’enfer, je vous dis… Heureusement, tu ne te tapes cette ridicule galette qu’une fois par an. Sauf dans certaines boîtes où la tradition veut qu’on mange une galette tous les jours de janvier jusqu’à ce qu’une personne ait la fève deux fois de suite (quand tu sais ça, un conseil, essaie de soudoyer celui qui a eu la fève le premier jour en lui demande de faire semblant d’avoir à nouveau la fève, histoire de mettre fin rapidement à cette souffrance).

Je me souviens de ma dernière galette des rois au boulot. Nous étions à quelques jours d’un très gros événement qui me monopolisait 90 heures par semaine et m’avait imposé de travailler y compris le jour de Noël : inutile de préciser que chaque minute était précieuse et que ni moi ni mon équipe n’avions de temps à perdre. Et c’est la que notre boss est arrivé au bureau, tout sourire, bronzé et détendu après ses quinze jours de vacances au soleil, exhibant fièrement une galette des rois. « Allez, on fait une pause, vous travaillez trop ! » (J’aurais aimé lui rappeler ce conseil à son prochain coup de fil dominical, quand il m’a appelée alors que j’étais encore au lit, mais bizarrement, je n’ai pas eu la présence d’esprit). Nous nous sommes donc tous réunis autour de la grande table. Nous avons sortis des assiettes et notre tête de circonstance (celle qui montre que tu es sympa, que tu es content de faire un break, mais pas trop quand même histoire que cette petite sauterie ne s’éternise pas). Alors que j’allais chercher un couteau dans la cuisine pour couper la galette, j’ai croisé une de mes collègues qui avait l’air paniqué : « putain, j’espère que j’aurais pas la fève ! T’imagines si je dois choisir Big Boss comme roi ?! ». Effectivement, je n’y avais pas pensé. Ma réponse est pourtant sortie toute seule : « Si j’ai la fève, je l’avale ». Dieu merci, cette fois, j’ai été épargnée. Je n’ai pas eu la fève, je n’ai pas eu à choisir Big Boss comme roi, je n’ai pas eu à lui faire un bisou (!!!!) ni à faire un selfie avec lui. Contrairement à la pauvre intérimaire que nous avions embauchée pour quelques semaines. La pauvre…      

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